Sandrine Yon ou la petite culotte de dentelle
Avant-propos : Moi, rédactrice de cette réécriture à caractère parodique, m'excuse auprès de mes lecteurs et de ce grand homme qu'est Charles Perrault pour les propos, au bord de la dérision, qui vont suivre.
[..] Le proxénète cria alors à l'encontre de Sandrine Yon : Eh bien, Princesse, voilà de quoi se rendre au Club, n'est-ce-pas confortable ?
Oui, mais dois-je vraiment y aller dans cette tenue ? Son parrain fut rapide, la réaction tout aussi immédiate : Depuis quand oses-tu te soulever contre les ordres ? De toute façon, ça t'arrangera tout à l'heure, crois-moi. Enfin, il vaudrait mieux pour tes délicieuses formes que tout se déroule comme le souhaite les boss, sinon je ne réponds plus de toi ! La joue ainsi rougie, Sandrine monta dans le carrosse, doux euphémisme pour parler de cette vieille Audi, rouillée et insalubre. Les derniers mots du médiateur lui conseillaient, ou du moins, lui ordonnaient amicalement de rentrer à l'hôtel avant minuit, sous peine de recevoir une « punition », si elle ne respectait pas cet horaire. La paisible prostituée hocha la tête en signe de compréhension, troublée encore par la violence de son parrain. Ceci dit, le fabuleux taudis partit en trombe, emmenant à destination, dans son coffre, la jeune fille qui obéissait à contre c½ur. A l'arrivée, le videur, que les patrons avaient prévenu préalablement, vint la cueillir couteau en main, pour la dissuader sans doute de tenter une fuite. Elle descendit gracieusement, telle une Reine merveilleuse et admirée, et alors que ses talons lui entamaient les chevilles, elle entra tranquillement dans la salle sombre. Tous, alcooliques, violeurs et obsédés, sans exception, s'agitaient en tout sens sur le rythme d'une mélodie diabolique et des projecteurs aux multiples couleurs, qui faisaient tourner les esprits. Le silence se fit. Ils la dévisagèrent du même ½il pervers alors qu'elle passait à travers la foule, alors que les verres, remplis de ce liquide ambré, s'explosaient à son passage sur le sol visqueux et sale. Tout le monde l'avouait : il n'y avait pareille créature sur Terre qui était aussi bien modelée que celle-ci. Le barman, ivre lui aussi, se laissa même aller à quelques obscénités : Ah, qu'elle est bonne ! Sandrine prit place sur scène, et commença à tournoyer, à virevolter, à se suspendre à la barre de métal de ses jambes fines et nues. A ce moment, tête en bas, elle vit, au fond de la piste de danse, celui qui serait certainement son client pour cette nuit. Le jeune homme assis au bar, discutait justement de l'identité de la danseuse avec un habitué centenaire : elle lui rappelait vaguement une personne qu'il avait connu, sa mère peut-être. Quant aux collègues de Sandrine, celles-ci la regardaient d'une jalousie folle, considérant cette nouvelle venue comme une menace pour leurs projets : le jeune prince plaisait apparemment à toute l'assemblée. L'innocent s'approcha le plus possible de la scène, offrant quelques pièces à la silhouette dénudée qui ne cessait d'appâter la galerie.
Ainsi, elle dansa avec tant de chaleur et de sensualité que tous ces ramassis de mécréants à demi inconscients voulurent, ensemble, emmener la débauchée dans un coin plus calme, je vous laisse le soin de deviner pour quelles raisons. Pourtant Sandrine n'en fit rien : sous les yeux attentifs de ses deux grands frères, elle conduit à l'étage le seul qu'elle désirait, le même qui demeurait à ses pieds en refusant toutes les bières qu'on lui proposait. Onze heures et demie : la ravissante demoiselle l'enlaça, prête à offrir son corps entier, rien que pour une poignée de dollars. L'inconnu les lui donna expressément, sous promesse de sa partenaire d'avoir l'ensemble de ses charmes, et la dévêtit avec une bestialité sans bornes. Onze heures trois quarts, bien qu'elle y soit presque, Sandrine devait prestement partir. Elle abandonna donc le jeune homme exhibé, les yeux bandés et attaché à l'armature métallique du lit. D'un rapide mouvement, sa robe la recouvrit, ses trous parsemés révélant son intimité aux plus minutieux observateurs. Son parrain, qui l'attendait à la porte d'entrée de l'hôtel, sembla joyeux de la voir revenir à temps et surtout, les sous-vêtements pleins de billets verts. Une heure après environ, le duo puissant revint lui aussi du Club, modestement satisfait du grand spectacle de leur cadette : ils la rouèrent donc de coups, sans marquer son être physiquement, pour la stimuler à faire mieux la fois prochaine. Le lendemain, la belle prostituée nommée Sandrine se rendit à nouveau dans la boîte populaire, s'activant à mieux se déhancher ignominieusement, bien plus que lors de sa précédente visite. Et à la même place, elle retrouva le même jeune homme, impatient de pouvoir reprendre les affaires coupées du soir passé. Après sa prestation, ils se retrouvèrent à nouveau au niveau supérieur, et recommencèrent leurs ébats. Minuit. Sandrine était tellement soucieuse de ses gestes, qu'elle en avait oublié l'heure : affolée, elle partit sans terminer, se rhabillant qu'à moitié. Sa course pourtant rapide ne le fut cette fois-ci, malheureusement, pas assez : étant arrivée en retard d'une dizaine de minutes, elle fut battue par Javottos et son compère, et enfermée dans une chambre où cinq énergumènes, d'une rare brutalité, l'attendaient la langue pendante. Quand au jeune homme, qui avait tenté en vain de la poursuivre, il ne gardait d'elle que sa petite culotte de dentelle. Il était assurément furieux de ne pas avoir pu conclure deux soirs de suite, pour conserver ce sous-vêtement dans son poing refermé.
Plusieurs jours plus tard, circula l'information dans chaque agence de prostitution, qu'un adolescent recherchait activement une mystérieuse danseuse, à laquelle il voulait offrir sa virginité, et qui devait achever ce pour quoi elle avait reçu autant d'argent. Faisant le tour de ses professionnelles des charmes corporels, la fine dentelle fut essayée maintes et maintes fois, sans résultat. L'inconnu questionna aussi les proxénètes du Club, mais ils répondirent de compagnie qu'ils n'avaient aperçu qu'une vagabonde aux alentours, au physique bien trop imparfait pour ce genre d'habits. C'est alors que, le visage noyé de désespoir, l'adolescent s'infiltra dans l'ultime foyer de prostituées réputé, appartenant aux frères Yon, qui tentèrent inutilement de convaincre ce dernier qu'ils ne reconnaissaient pas le moins du monde ce vêtement. Elle habitait donc en ce lieu singulier. D'un coup, les cris plaintifs, qui n'avaient cessé depuis ces derniers temps, reprirent derechef et le jeune homme entra en furie dans la pièce, avec l'accord du parrain qui veillait à la porte. Les cinq hommes, avachis sur un sofa miteux, reculèrent tous ensemble, dévoilant une femme en tenue d'Eve, et quittèrent du même pas le lieu, une profonde déception menant le groupe. De suite, Sandrine reconnut son client et fut soulagée de le voir. Lui, par ailleurs, ne prit même pas le temps de vérifier de ses mains l'identité de la jeune fille, et couvrant le corps orné de bleus de la demoiselle, il repartit dans le bureau voisin. Avec violence, il força les deux frères à s'absoudre auprès de leur s½ur et de lui-même, et leur arracha la promesse d'exclusivité sur son corps. Satisfait, il rejoint sa belle prostituée, et au moment où il allait refermer la porte, une étonnante chose se produit : le médiateur, qui l'avait auparavant aidé dans la recherche de Sandrine, lui tendait à l'instant des clefs, sans doute pour verrouiller la salle. Tout sourire, il les accepta volontiers et s'enferma aussi sec, craignant d'être perturbé une fois encore. Elle était là, allongée sensuellement à l'attendre, ravie qu'il fasse d'elle son jouet attitré. Et tout recommença, bien qu'ils purent conclure, heureux, toute la journée durant.